
Dans un discours très attendu devant le Conseil de sécurité des Nations unies, ce jeudi 28 août, l’ambassadrice américaine Dorothy Shea a présenté les contours d’une nouvelle initiative internationale de lutte contre les gangs armés en Haïti. Au cœur de ce projet : la création d’une Force de suppression des gangs, appuyée par un Bureau de soutien logistique placé sous l’égide de l’ONU.

New York, 28 août 2025–
Si cette annonce marque un tournant dans l’implication américaine, elle laisse néanmoins de nombreuses questions en suspens quant à sa mise en œuvre réelle et son efficacité sur le terrain.
Une intervention saluée, mais encore floue
Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadrice Shea a vivement dénoncé l’escalade de la violence en Haïti, en particulier les exactions perpétrées contre les civils, et notamment les enfants. Elle a désigné la coalition criminelle « Viv Ansanm » comme un acteur central de cette terreur, citée dans le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur les violations graves des droits de l’enfant.
Washington a salué la participation du Kenya à la Mission multinationale de sécurité (MSS), aux côtés d’autres pays comme le Canada, la Jamaïque, le Guatemala et les Bahamas. Mais les modalités concrètes d’intervention restent vagues. Quel rôle exact joueront ces pays ? Quelle sera leur coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH) ? Aucun détail opérationnel n’a été fourni à ce jour.
Un projet de résolution… mais quel mandat ?
Les États-Unis, en partenariat avec le Panama, ont soumis un projet de résolution pour formaliser cette force. Cependant, le mandat exact de la mission reste flou. Agira-t-elle en soutien à la PNH, comme force supplétive, ou de manière autonome ? L’ambassadrice Shea n’a pas précisé les règles d’engagement, ni le degré d’autorité de cette force internationale sur le terrain.
Une stratégie globale aux contours incertains
Dorothy Shea a évoqué une approche « globale », visant à tarir les ressources financières des gangs et lutter contre le trafic d’armes, en particulier depuis les États-Unis. Toutefois, aucun mécanisme clair n’a été présenté, ni sur la régulation du commerce d’armes, ni sur les structures responsables de cette coordination.
De plus, l’intégration des institutions haïtiennes dans cette stratégie demeure floue, alors même que celles-ci sont gravement affaiblies par des années de crise.
Un nouvel appel à la solidarité internationale
En conclusion de son intervention, l’ambassadrice a appelé les pays donateurs et partenaires à une mobilisation renforcée pour stabiliser Haïti. Un message fort, certes, mais qui ressemble à ceux déjà entendus ces dernières années, souvent sans suivi concret ni résultats probants sur le terrain.