
Dans une lettre ouverte adressée ce jeudi 28 août 2025 à la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), le mouvement politique Alliance pour la Renaissance d’Haïti (ARH) a exprimé de sérieuses préoccupations concernant un contrat entre l’État haïtien et une société de sécurité privée dirigée par Eric Prince, fondateur de l’ex-firme militaire controversée Blackwater.

Port-au-Prince, 28 août 2025. La lettre, adressée à M. Rogavil Boisguené, président de la CSC/CA, l’ARH appelle l’institution à faire toute la lumière sur les termes, la légalité et la portée de cet accord qui, selon cette structure politique, pourrait compromettre à la fois la souveraineté nationale et la transparence budgétaire du pays.
Une demande d’audit et de transparence urgente
L’ARH formule trois demandes claires à la CSC/CA :
Confirmer l’existence ou non d’un tel contrat ;
Rendre public son contenu, incluant montants, conditions et mécanismes de reddition de comptes ;
Vérifier sa conformité avec les lois haïtiennes, notamment en matière de sécurité, de délégation de puissance publique et d’engagement financier de l’État.
L’organisation politique s’interroge sur les motivations et les implications de ce recours à une société militaire privée, surtout au regard du passé controversé d’Eric Prince, dont l’ex-firme, Blackwater, a été impliquée dans plusieurs scandales liés à des opérations en Irak et en Afghanistan.
Contradiction avec la mission multinationale dirigée par le Kenya
L’inquiétude de l’ARH est d’autant plus vive qu’une force multinationale dirigée par le Kenya, sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, est déjà déployée sur le territoire haïtien pour soutenir la lutte contre l’insécurité généralisée.
Dans sa lettre, le mouvement souligne la contradiction profonde entre la présence de cette force encadrée par la communauté internationale, et l’arrivée potentielle d’une entité armée privée n’ayant aucune obligation de transparence ni de contrôle démocratique.
« Il semble hautement contradictoire et préjudiciable de maintenir simultanément deux structures étrangères armées, indépendantes l’une de l’autre, opérant dans un pays souverain », dénonce l’ARH.
Selon le mouvement, une telle coexistence pourrait accentuer la fragmentation sécuritaire, engendrer des tensions diplomatiques, et affaiblir la légitimité déjà vacillante des institutions haïtiennes.
Un plaidoyer pour un leadership national et une réforme de fond
Au-delà de la dénonciation, l’ARH propose des pistes de sortie de crise. Elle rappelle que la situation sécuritaire ne saurait se résoudre par l’accumulation de forces étrangères, mais par :
La reconstruction d’un leadership national fort ;
Une réforme profonde de la Police Nationale d’Haïti (PNH) ;
L’intégration des jeunes à risque dans des programmes socio-éducatifs ;
Et la mise en place d’un cadre de transition transparent et souverain.
L’Alliance pour la Renaissance d’Haïti se dit prête à collaborer à toute enquête parlementaire ou administrative sur ce dossier, réaffirmant sa volonté de défendre l’intérêt supérieur de la nation haïtienne.